Commentaire de gestion - Mars 2019

Contre toute attente, le premier trimestre 2019 aura suffi, à lui seul, à effacer une bonne partie de la chute des marchés enregistrée au trimestre précédent. Malgré la multiplication des signes d’un ralentissement marqué de la croissance mondiale, particulièrement perceptible en Chine et en Europe, notamment en Allemagne, les investisseurs se sont exclusivement focalisés sur les seuls éléments positifs de l’actualité récente, à savoir l’inflexion du discours des banques centrales en faveur d’une politique monétaire plus accommodante et les espoirs d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Le ralentissement actuel annonce-t-il une entrée en récession des principales économies mondiales ? Si l’on en juge par la progression des marchés au 1er trimestre, les investisseurs ne semblent pas valider un tel scénario qui avait pourtant été à l’origine de la chute des indices en fin d’année… Alors que les Etats-Unis restent ancrés sur un rythme de croissance toujours soutenu, l’économie européenne semble avoir atteint son point bas. Bien que l’Allemagne apparaisse aujourd’hui en situation difficile, souffrant de la forte exposition de son industrie au commerce mondial, la France apparaît en revanche en meilleure posture grâce à une bonne tenue de la consommation domestique tirée par l’augmentation du pouvoir d’achat et les baisses d’impôts. Certes, la situation en Europe reste complexe et incertaine à bien des égards (Brexit, marasme italien, montée du populisme) mais l’amélioration progressive des indicateurs avancés permet d’anticiper une reprise plus ferme de la croissance européenne à partir du second semestre.

Après un début d’année en fanfare, doit-on alléger sensiblement les portefeuilles et suivre  le vieil adage boursier « sell in may and go away » ? Si une certaine prudence s’impose et justifierait à priori de prendre ses bénéfices sur tout ou partie des positions en fortes plus-values, il nous semblerait toutefois excessif de se désengager massivement des actions à l’heure où les marchés pourraient bénéficier prochainement d’effets d’annonce favorables (accord sur le Brexit, accord sino-américain).

A environ 13 fois les bénéfices attendus cette année, les marchés actions européens affichent des niveaux de valorisation raisonnables et conformes à leur moyenne historique. Si certaines valeurs et/ou secteurs sont certainement déjà bien valorisés (cf les secteurs du Luxe et de la Technologie), d’autres continuent à présenter des niveaux de valorisation attractifs. Tel est notamment le cas des valeurs cycliques où les opportunités apparaissent toujours nombreuses, que ce soit par exemple le secteur de l’Energie où les bénéfices à venir des grands groupes pétroliers (Total, Royal Dutch) n’ont pas encore été totalement intégrés ou le secteur bancaire européen qui continue à souffrir de niveaux de valorisation très bas alors qu’il devrait prochainement bénéficier de nouvelles mesures de la BCE pour contrer les effets des taux négatifs.

Enfin, dans un contexte de taux d’intérêt bas qui s’annonce durable, nous continuons à sous-pondérer les produits de taux au profit des valeurs dites « de rendement », c’est-à-dire des sociétés de qualité dont les bénéfices continuent à croître et dont les dividendes versés sont à la fois élevés (plus de 5%) et réguliers.

Par Philippe de Cholet