Commentaire de gestion - Juin 2025

 Le trimestre qui s’achève n’aura décidemment pas été de tout repos pour les investisseurs ! L’annonce le 2 avril par Donald Trump d’une augmentation massive des droits de douane sur tous les produits importés aux Etats-Unis a quelque peu refroidi l’optimisme des investisseurs, notamment américains, inquiets du risque de voir l’inflation repartir à la hausse et les espoirs d’une baisse des taux réduits à néant. Le pire n’étant jamais certain, Donald Trump, dans une énième volte-face dont il a le secret, annonçait quelques jours plus tard le report de la mise en place des droits de douane pour une période de 90 jours.

 A quelques jours de la deadline des négociations en cours fixé au 9 juillet, seule la Chine est parvenue à ce jour à un accord avec les Etats-Unis (droits de douane ramenés réciproquement à 10% contre 125% initialement annoncés). Bien que l’issue des négociations reste très incertaine, cet accord montre que l’administration américaine est devenue plus pragmatique, se préoccupant davantage des impacts économiques de la politique menée par Donald Trump depuis le début de son mandat. Si un certain ralentissement semble se dessiner (baisse du PIB au 1er trimestre de 0,3% après +2,4% le trimestre précédent), le risque de récession n’apparaît pas pour autant le scénario le plus probable si l’on en juge qualité des données macro-économiques publiées sur la période récente et les bons résultats des sociétés américaines au 1er trimestre (80% des sociétés du S&P 500 ont battu les estimations de résultats.

 Signe d’une confiance retrouvée que rien ne semble ébranler, la guerre entre Israël et l’Iran n’a pas eu non plus d’impact significatif sur les marchés. La courte durée du conflit et la perspective d’un embrasement régional ayant été rapidement écartée, les droits de douane et les taux d’intérêt sont vite revenus au centre des préoccupations des investisseurs. Des taux d’intérêt que Donald Trump juge aujourd’hui trop élevés et qu’il aimerait voir baisser rapidement. Un souhait auquel le Président de la Fed a su jusqu’à présent résister, estimant avoir besoin d’une meilleure visibilité sur l’impact des droits de douane pour se prononcer sur une première baisse des taux que les marchés anticipent en septembre.

 Sur un tout autre plan, l’affaiblissement continu du dollar face aux principales devises et à l’euro en particulier, directement imputable au climat d’incertitude née du changement de politique économique des Etats-Unis et à la crainte de voir le déficit budgétaire américain s’envoler suite aux dépenses prévues par Donald Trump (le projet de loi pourrait ajouter plus de 3400 Mds$ de dette au cours de la prochaine décennie), a lourdement pesé sur la valorisation des actions américaines évaluées en euros dans les portefeuilles.

 Sur ces bases et malgré un contexte de tensions commerciales persistantes, les marchés européens, après un 1er semestre en demi-teinte (Eurostoxx 50 +8,32% ; CAC 40 +3,80%), apparaissent aujourd’hui mieux positionnés que le marché américain pour bénéficier d’une nouvelle phase de hausse qui suivrait une issue positive des négociations sur les droits de douane. Affichant une valorisation inférieure à celle des sociétés américaines, les valeurs européennes devraient profiter de la baisse des taux déjà bien engagée en Europe, de la relance budgétaire en Allemagne liée à son vaste programme de réarmement et de modernisation des infrastructures, enfin d’une amélioration progressive des indices de confiance des chefs d’entreprises et des consommateurs.


Par Philippe de Cholet