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Commentaire de gestion - Décembre 2018

2018 aura décidemment été une année « atypique », caractérisée par le meilleur et le pire ! Malgré une croissance mondiale forte (+3,8%), un environnement inflationniste favorable et des profits en hausse, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou dans les pays émergents, les marchés boursiers ont enregistré leur pire année depuis 10 ans. Si toutes les classes d’actifs ont été impactées, les actions ont connu une correction de grande ampleur au cours du dernier trimestre à l’instar des principaux indices européens qui affichent au 31 décembre des reculs sensibles (Dax -18,3% ; MIB -16,2% ; IBEX -15% ; CAC 40 -11%). Un bilan globalement très décevant qui cache hélas l’effondrement de nombreuses valeurs soudainement délaissées du fait de leur appartenance à des secteurs considérés « à risque » (automobile, biens d’équipement, distribution, banques).

Après avoir vu « la vie en rose » il y a un an, les investisseurs ont aujourd’hui tendance à « broyer du noir ». La multiplication des signes d’un ralentissement de la croissance mondiale, en bonne partie imputable à la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine, ont fortement pesé sur les actifs risqués et annulé l’effet de la croissance des bénéfices au 1er semestre. Parallèlement, le retour en force du risque géopolitique a aussi contribué à dégrader le climat de confiance qui prévalait en début d’année, en particulier en Europe où la question du budget italien et le Brexit ont une nouvelle fois souligné la fragilité de l’adhésion au projet européen. 

Dans ce contexte pour le moins troublé, doit-on nécessairement prévoir le pire et anticiper la poursuite de la baisse des indices boursiers ? Nous ne le pensons pas. En effet, si la croissance mondiale a de toute évidence ralenti en 2018 et la confiance des entreprises fortement chuté, les perspectives économiques demeurent favorables à moyen/long terme. Si la décélération apparaît manifeste en Europe et dans les pays émergents, l’économie américaine devrait rester en effet dynamique, toujours portée par l’effet des mesures de relance budgétaire et une consommation domestique vigoureuse.

Bien que les marchés abordent 2019 avec prudence, plusieurs facteurs militent aujourd’hui pour l’apaisement des inquiétudes et le retour de la confiance. Outre la sévérité de la correction de ces dernières semaines et son corollaire, le retour à des valorisations raisonnables, les premières publications de résultats, notamment aux Etats-Unis, apparaissent satisfaisantes et semblent indiquer qu’à l’exception de certains secteurs qui avaient particulièrement bien performé ces dernières années (l’automobile, l’industrie électronique, la logistique), les entreprises sont plutôt confiantes sur leurs perspectives malgré une baisse (modérée) des volumes et un certain essoufflement de la demande.

Si on ajoute à cela le maintien probable de politiques monétaires accommodantes de part et d’autre de l’Altantique (la Fed devrait fortement ralentir le rythme de ses hausses de taux) et la volonté manifeste des autorités politiques de parvenir à un accord sur les différents « points de friction » qui brident aujourd’hui la croissance et minent le moral des investisseurs (Chine/Etats-Unis, Italie/Bruxelles, Brexit/UE), les marchés pourraient bien reprendre leur souffle et retrouver « quelques couleurs » sur des bases de valorisation redevenues raisonnables.

Par Philippe de Cholet