Le 1er trimestre aura été celui du retour en force du facteur géopolitique. Le 28 février, des frappes menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran ont visé les capacités en matière de missiles balistiques, la marine, le nucléaire afin de s’assurer que le régime ne puisse pas continuer à menacer les intérêts occidentaux, directement ou via le soutien à des groupes armés comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen. Malgré un déploiement militaire américain au Moyen-Orient à marche forcée, ces frappes ont pu surprendre car elles sont intervenues trois jours après que le ministre iranien des affaires étrangères ait déclaré qu’un accord était à portée de main et trois jours avant le début d’un quatrième cycle de négociations. Le « timing » de l’intervention américaine ne trouve pas d’explication réellement convaincante si ce n’est que les Etats-Unis étaient alors prêts à mener des opérations sérieuses dans la région tout en protégeant ses alliés.
Cette brutale détérioration de la situation géopolitique au Proche et Moyen Orient intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’économie mondiale. La fermeture quasi-totale du détroit d’Ormuz – par lequel transite 20% du pétrole mondial – a provoqué un choc immédiat sur les marchés de l’énergie, entraînant une forte volatilité du prix du baril (après avoir rapidement atteint les 100 $, celui-ci a clôturé le mois de mars à 118,35 $). Une envolée des prix de l’énergie susceptible de remettre en cause les espoirs d’une reprise de la croissance en Europe qui semblait se dessiner au cours des derniers mois. La durée du conflit déterminera de toute évidence l’évolution du prix du baril et son impact sur la croissance, certains économistes l’ayant déjà estimé supérieur à -1% d’ici 2028 (en cumulé) si le prix du baril devait durablement s’inscrire au-dessus de 100 $.
S’il est évidemment trop tôt pour mesurer précisément l’impact économique de la guerre, les banques centrales seront surveillées de près par les investisseurs tant il semble impossible à ce stade de déterminer quelle sera la trajectoire des taux au cours des prochains mois. Si la Fed a préféré laisser ses taux directeurs inchangés lors de sa dernière réunion, les signaux envoyés par son Président, Jérôme Powell, suggèrent une Fed désormais autant préoccupée par le risque d’une surchauffe inflationniste que par celui d’un ralentissement économique. Quelle que soit l’évolution de la situation géopolitique au cours des prochaines semaines, nul doute qu’elle restera vigilante et active pour maîtriser une inflation ressortie supérieure aux attentes ces dernières années, même si celle-ci n’a pas impacté de façon significative la croissance américaine qui reste vigoureuse (autour de 2-3%), portée par un marché de l’emploi dynamique et des gains de productivité très élevés. Dans ce contexte, les rendements obligataires américains devraient rester orientés à la hausse sous l’effet d’un durcissement progressif du discours de la Fed, d’un déficit budgétaire en expansion et d’un positionnement des investisseurs vulnérable aux revirements de politique monétaire.
Les marchés terminent le trimestre sur une note morose, les gains enregistrés en début d’année ayant été totalement effacés en quelques jours. Si la correction des principaux indices fut significative (de 3 à 5% selon les places financières), elle reste cependant « contenue » à ce stade. Toute bonne nouvelle en provenance du Proche et Moyen-Orient ne manquerait pas de se traduire par un rebond des marchés actions d’autant plus vigoureux qu’ils offrent aujourd’hui des niveaux de valorisation raisonnables, en particulier en Europe où les opportunités apparaissent nombreuses.
Par Philippe de Cholet



