Alors que la fin du 1er trimestre avait été marquée par une correction sévère des indices liée à l’envolée des prix de l’énergie et à une situation géopolitique toujours tendue au Moyen Orient, les marchés ont nettement rebondi en avril au fur et à mesure que la tension militaire baissait suite à l’annonce du cessez-le-feu le 7 avril. La trajectoire de reprise a cependant différé des deux côtés de l’Atlantique. Si les marchés européens ont enregistré une rechute à partir de la mi-avril avec les craintes d’enlisement du blocage du détroit d’Ormuz et le risque de voir les cours du pétrole repartir à la hausse, les marchés américains ont en revanche continué à progresser, tirés par la bonne tenue de la croissance américaine et les perspectives toujours très prometteuses des sociétés liées à l’intelligence artificielle (IA) et aux semi-conducteurs (cf Nvidia, Micron Technology, AMD, Broadcom).
Un optimisme justifié si l’on en juge la qualité des résultats trimestriels de ces sociétés qui explique largement le parcours boursier remarquable de la bourse américaine enregistré sur le trimestre écoulé (+14,9% pour l’indice S&P 500 contre +7,51% pour le CAC 40). Le regain d’optimisme des investisseurs observé à partir du mois de mai est également imputable aux espoirs d’une fin prochaine du blocage du détroit d’Ormuz. Un scénario de sortie de crise qui s’est traduit par une baisse des cours du pétrole (-22% pour le Brent) par définition favorable à la diminution des risques inflationnistes et récessionnistes (via une baisse du pouvoir d’achat des ménages).
L’annonce le 14 juin d’un accord entre les Etats-Unis et l’Iran est venu concrétiser les espoirs de paix des investisseurs. La plupart des marchés actions, qui reculaient depuis début juin, sont repartis à la hausse, portés par l’accélération de la baisse des prix du baril qui ont retrouvé leur niveau d’avant-guerre.
Proches de leurs plus hauts historiques, les indices européens affichent toutefois des performances contrastées, l’Espagne (+14,2%) et l’Italie (+15%) ayant nettement surperformé l’Allemagne (+3,5%) et la France (+7,5%) du fait notamment de la hausse des valeurs bancaires et des groupes énergétiques fortement représentés dans les indices de ces pays. A contrario, le poids prépondérant en France et en Allemagne des groupes industriels directement confrontés à la concurrence chinoise (automobile, électromécanique) a fortement pénalisé les indices allemands et français. Un écart de performance qui devrait progressivement se réduire, l’amélioration des perspectives d’activité dans l’industrie européenne conjugué aux premiers effets du plan de relance budgétaire en Allemagne étant de nature à amplifier le regain d’intérêt des investisseurs pour les valeurs cycliques dont les valorisations apparaissent raisonnables.
Le principal risque susceptible de remettre en cause le scénario d’une reprise de la tendance haussière qui se dessine depuis quelques semaines est l’enclenchement d’une spirale inflationniste « de second tour » qui contraindrait les banques centrales à relever leurs taux directeurs. Si la BCE a prudemment relevé ses taux de 25 points de base le 11 juin dernier, le nouveau Président de la Fed, Kevin Warsh, semble à ce stade adopter une position plus attentiste, considérant que les anticipations concernant la hausse des prix avaient diminué ces dernières semaines sous l’effet de la baisse des prix de l’énergie. Des déclarations plutôt « dovish » qui ne l’ont pas empêché de réaffirmer par ailleurs que la Fed restait déterminée à ramener l'inflation à son objectif de 2%. Une position très pragmatique qui pourrait se traduire par une ou deux hausses des taux en 2026 si les pressions inflationnistes devaient perdurer.
Par Philippe de Cholet



